Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Pour un événement postcolonial"

« Le fantasme de libération et de revanche peuvent contribuer à préserver la domination en dissipant les énergies collectives par une rhétorique et des rituels relativement inoffensifs[1]. »

L’événement porte toujours la marque d’une rupture comme quelque chose qui vient mettre fin à l’exercice de quelque chose d’autre. Il est le dépassement de quelque chose existant pour établir l’ordre de quelque chose d’autre comme cette étrangeté innovante et méticuleusement entêtée qui vient brouiller le temps d’un état de choses. Etant extérieur à la structure, il ne peut être réfléchi que comme le changement de structure. Un événement, écrit Jean-Pierre Lalloz, ne l’est jamais au sens où c’est d’abord de n’être pas possible qu’il s’impose comme réel. Ainsi, tout événement est donc constitué de sa propre impossibilité au sens où il n’en est un qu’à n’avoir pas été possible. L’événement n’est point de l’ordre de l’ordinaire, il est singulièrement surprenant. Produit d’une transcendance, son immanence requiert le déploiement de subjectivation. C’est en ce sens qu’on peut dire que l’événement est affaire de sujet se déployant dans la subjectivité qui sert de véhicule à la conscience. Conscience bien entendu inconcevable sans un sujet connaissant. Raison pour laquelle on n’est sujet que là où il y a des événements. C’est-à-dire qu’on est sujet que dans l’événement, qu’en inventant l’événement.

Le sujet doit pouvoir dans l’infinie puissance de la vie répondre à l’appel d’un devenir radical qu’il lui faudra formaliser en destituant le savoir de ‘’fait’’ assujettissant, pour instituer l’événement. Ce dernier est considéré chez Deleuze non pas en sa valeur vide d’inattendu, mais dans le type d’avènement que ce survenir induit. Cette déconstruction fondamentale d’une structure (d’un fait ou d’un système défini par une totalité absolu) à partir de laquelle le sujet (-objet) répond à sa responsabilité de sujet - c’est-à-dire à son pouvoir d’être pour soi en tant que « percipiens »[2]. L’événement s’inscrit ainsi dans ces appels de Sartre à la centralité de l’expérience et de la transcendance, car la croyance que la conscience a d’une expérience n’est pas suffisante en soi. Celle-ci doit être transcendée au niveau de l’universel[3].

D’où la capacité à déployer sa puissance créatrice au-delà de tout enfermement de la structure, et donc du « fait »[4]. L’événement est cette paradoxale invention au cœur du réel où surgit la transformation par lui-même d’un sujet-objet, considéré comme rien, en sujet-sujet alors qu’il remplissait dans un déjà-là toutes les conditions d’être-quelque-chose. Ainsi l’écrit Jean-Pierre Lalloz, L’événement est incompréhensible, parce que comprendre consiste à faire fonctionner la structure. Cela signifie donc que son intelligence est une invention, par opposition à celle du fait qui est une application. Le fait relève du savoir, qui en a toujours déjà établi l’essentielle normalité, tandis que l’événement en est la subversion. En ce sens l’événement relève de la condition négative de la vérité établie[5]. Il est alors comme la réalisation ontologique d'une Vérité qui figure un Tout se projetant chez Deleuze dans l'infinie puissance de la Vie d'où "ce qui arrive" tire ses repères.

Peut-on parler du « postcolonial » comme d’un « évènement » ? Ou, constitue t-il une véritable pensée politico-culturelle imprégnée d'une épistémologie alternative annonciatrice d’un évènement (possible et/ou prochain) dans la persistance de l’ordre colonial du monde contemporain ?

Par Jameson Primé

[1] -Moore Jr, Barrington, Injustice : the social bases of obedience and revolt / editions :The Macmillan Press, London, 1978, p. 459
[2] - Angèle Kremer Marietti, Jean-Paul Sartre et le désir d’être, l’Harmattan, 2005, p. 25
[3] - Voir Jean-Paul Sartre, L’être et le néant : Essai d’ontologie phénoménologique, Paris, Gallimard, 1995
[4] -Voir in Jean-Pierre Lalloz, « Savoir du fait et pensée de l’événement » Overblog( www.google.com)
[5] - « Il ne suffit pas d’être soi pour être soi, puisqu’on n’est soi qu’à être sujet de soi. Il ne suffit pas non plus d’être humain pour être humain, puisqu’on peut l’être de manière inhumaine. On vit, c’est une chose ; on est sujet de sa vie, c’en est une autre – car sa vie, on peut la vouloir, y être indifférent, ou la refuser, et aussi la gaspiller, l’oublier, la détruire, la sauver, la donner. Et pourtant cela ne fait qu’un. Dès lors la question de la responsabilité n’est-elle pas simplement celle d’être sujet de ce qui peut nous être imputé, mais celle d’être sujet pour cette éventualité même, en reprise du sujet qu’il fallait déjà être pour que cette nécessité pût nous concerner aussi bien que ne pas nous concerner. C’est dire qu’on n’est soi qu’à être chargé d’une responsabilité première qui est celle d’être soi et d’être humain, et dont chacun se constitue dès lors d’avoir à être le sujet : l’existence propre n’est pas notre nature mais notre affaire, par là seulement humaine. Est humain en effet ce sujet pour qui être sujet est non pas sa nature ou sa condition mais sa responsabilité, dont par là même il fera son humanité – celui qui sera en somme non pas sujet, mais sujet d’être sujet. »  [in Jean-Pierre Lalloz, « Théorie de la responsabilité : Le sujet et la responsabilité », Overblog( www.google.com)
"Pour un événement postcolonial"
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :