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Haïti : La famille, le peuple et l’Etat.

                            <<De l’infâme complicité sociale vers la décadence>>     

            

 

    Quand la complaisance, l’irresponsabilité, l’oubli et le mépris s’institutionnalisent pour faire société dans « un pays », et que le vide morale (l'indécence) s’inscrit dans la normalité du vivre et de faire-ensemble, comment (re-)penser les choses dans le sens du progrès social et humain s’il ne faut d’abord aller voir dans les familles ?

La responsabilité de la gestion des êtres et des choses constituant l’immédiateté de son monde propre, semble totalement échapper à l’Haïtien. Incapable d’assurer et d’assumer son vivre face à la nature douce et dangereuse, l’Haïtien subit et provoque toujours les débordements de cette dernière comme un être dont la conscience et l’intelligence fait grandement défaut. Son environnement immédiat se dégrade jour après jour sans qu’il ne s’en préoccupe comme d’une menace grave à sa survie[1]. On dirait même qu’il s’en moque allègrement.   

D’un exploit historique exemplaire plein de promesses humaines (méprisé jusqu’à la perte de tout ce qui pouvait en faire un véritable « être pour soi »), aux multiples existences incontrôlées qu’il ne cesse de faire entrer dans la vie (sociale), en passant par la gestion anarchique de l’environnement (naturel), l’Haïtien perd toute prise et emprise sur lui-même autant que sur l’univers des mondes immédiats qui l’entourent, et par la connaissance desquels il peut mieux assurer sa survie, son autonomie et son plein développement. Ce développement qui ne peut se réaliser, comme l'explique Alain Touraine, que dans les sociétés de production, c’est-à-dire celles qui ne se complaisent pas à subir la nature, mais dont l’emprise croissante sur leur environnement est un principe centrale de fonctionnement[2]. Des sociétés dominées par l’esprit cartésien de l’homme << comme >> maitre et possesseur de la nature, et où triomphent la raison et le progrès de l’esprit dans la pratique de l'Humanité comme <<disposition de l'homme à assister son semblable>>. Ainsi, de l’état du rapport de l’Haïtien à la nature et de son commerce avec ses « Mêmes », quelles sont les valeurs qui le mènent (et/ou qui le trainent) ? Comment l’Etat haïtien dans sa rationalité se comporte t-il pour pallier l'affreuse situation du commerce social dont vivent ses citoyens ?

.Valeurs sociales et responsabilité de l’Etat

Les valeurs (Honnêteté, Dignité, Esprit travailleur et cultivé, Humanité, Fraternité, Solidarité) qui faisaient autrefois des familles haïtiennes des références humaines perdent leurs prises et emprises sur la société. Ces valeurs jugées anciennes ne sont plus majoritaires, et ne sont plus considérées comme structurantes du champ social et du champ politique. La déprise presque totale de toute forme de morale sociale (ou sociétale) sur les individus conduit au règne des égoïsmes. Ceci (l’égoïsme) incapable d’être contenu par un Etat dont la faillite se laisse voir et s’étale de plus en plus, jour après jour. De ce fait, par cette anarchie, la société haïtienne végète dans une sorte de régression totale et exponentielle qualifiée par certains d’haitiannisme refusant toute forme de rationalité humaine dans le sens du progrès social[3]. D’autres parlent du problème haïtien, dégageant en quelque sorte l’idée d’une fatalité presqu’irréversible[4]. Tout cela interpelle et pousse à poser la question, à savoir : comment (et quand) la loi de la sociabilité humaine triomphera-t-elle du modèle de relations se déployant dans l’égoïsme (des uns et des autres) indiscipliné et non contrôlé par l’Etat détenteur du pouvoir et de l’autorité consistant à tenir chacun en respect[5]?

.Morale familiale et problème d’éthique dans la politique en Haïti

La crise politique qui secoue l’ensemble social haïtien depuis des lustres, a disloqué, sapé la base des relations sociales par laquelle l’humanité s’apprend[6]. Je veux parler de la morale familiale. La perte de presque tout sens éthique dans le commerce sociétal s’explique par la primauté accordée dans le vivre-ensemble aux simples et uniques intérêts politiques. Ces derniers ne consistent qu’en l’attitude vaine à vouloir se faire paraitre, juste pour se parer de pouvoir, de gloire, d’argents[7]. Et ceci, avec tout le reste du pathos grandiosement épatant masquant la bête de l’égoïsme individuel doublé de toutes sortes (et formes) de médiocrités humaines[8].

Il est presqu’une vérité irréfragable, qu’en Haïti, l’honnêteté n’est plus une exigence sociale. Manger son pain dans l’indignité tout en exhibant son être anthropémique[9] en modèle social devient une activité classique du vivre ensemble dans ce pays. L’essentiel aujourd’hui c’est la réussite (surtout économique) par quelque soit l’action et le prix - (en témoigne une musique du groupe très connu Zenglen intitulé REZILTA dans laquelle il est dit : « La sosyete pa bezwen konn kijan ou fè rive. Reyalite, depi yo moun reyisi, onètete ou pa, kanmenm ou ap jwenn bravo[10]») -  sous le regard hagard d’une population en mal de repères et victime de l’ordre social injuste duquel l’humain se trouve constamment sacrifié par la tyrannie du profit[11].

Le constat incessant de comportements politiques indignes, méprisant tout ce qui faisait valeurs sociales et humaines en Haïti. Généralement marqué d’arrogance et dépourvu de raison, le discours politique d’où qu’il vient reste entaché d’un « destructivisme[12] » de toutes les formes de souveraineté de l’Etat. Chacun cherche à se donner une voix opportuniste sans se soucier du cout à payer par la société. En ce sens, la « malfrattitude » s’érige en logique politique dans la société haïtienne du « TOUT VOUM SE DO ».

Il faut qu’il y ait dans la vie une autorité morale. Plus on est immoral, plus l’autorité est nécessaire.

.L’« autre » position du « même politique »

Pris entre deux du même politique, le peuple, cette masse sans visage qui ne se représente jamais par elle-même dans sa voix propre pour dire sa voie véritable dans le sens de son bien-être, est tour-à-tour la proie de complices politiques qui se laissent voir comme de sales ennemies[13]. On comprend rapidement que le jeu politique du champ social haïtien est fait de vielles combines toujours vouées à fausser et tromper la vigilance populaire. On sait comment jouer de et avec la misère du peuple. C’est en lui tenant par les tripes qu’on lui impose le silence dans un état de pauvreté stagnante à partir duquel aucune culture d’exigence de beauté et de bien-être ne peut se développer. De ce fait, on lui apprend à accepter l’inacceptable. On lui feint de le défendre, tandis que de toute part, on lui creuse sans fin le macabre trou politique au fond duquel il se voit passivement enfoncer, et de plus en plus, dans les misères de la médiocrité humaine dont l’obscurantisme politique et le mépris social[14]

Bernard Hadjadj écrit : « Les oligarchies noires et mulâtres se sont toujours entendues pour exclure le peuple des affaires publiques ! [15] ».

Il poursuit pour dire : « Et toujours le même engrenage d’un cycle infernal ininterrompu : les gens au pouvoir écrasent les opposants, étouffent l’expression libre mais s’entendent, à tour de rôle, à maintenir dans la grande misère le peuple des campagnes et des villes que chacun instrumentalise et que l’on massacre sans compter.[16] »

Et Oui, je parle du mépris social en Haïti. La société haïtienne s’est laissée entrainer dans une forme de « partage du sensible » fortement imprégné du « mépris comme principale institution sociale »[17]. Dans les pensées comme dans les actions politiques, l’humain ne se fait nulle part entendre et écouter. Le mépris de celui-ci est ce par quoi l’administration publique haïtienne performe à son plus haut niveau d’efficacité. Et ceci, au détriment même (de l’émancipation) des masses qui la fait vivre. Toujours la machine Etatique tourne pour elle-même dans des mouvements spectaculaires en oubliant les besoins que sa production étaient sensée (dite) venue satisfaire.

Il faut dire que l’Etat haïtien exerce depuis toujours par le biais de l’administration publique ,en particulier, ce qu’on peut appeler un terrorisme social d’Etat sur la population à l’égard de laquelle il ne dégage aucune considération humaine comme il a été maintes fois mentionné dans cette écriture. Un Etat-sangsue pour répéter  G. Olius, ne voyant dans les citoyens que des proies qu’il lui faut absolument broyer, déchiqueter et avaler pour sa survie néocoloniale.

Gary Olius écrit : ‘’Alors, comment comprendre l’expression « administration haïtienne inefficace » ? Oui, cette administration même, pour laquelle le citoyen est une vache à lait qu’il faut traire jusqu’à la dernière goutte pour faire fonctionner une machine étatique qui ne lui offre aucune compensation, ne serait-ce que pour lui permettre de remplacer le lait extrait ou de se régénérer. En vérité, il faut être un peu prudent au moment de poser le problème de l’efficacité de l’administration d’un Etat-sangsue conduisant le destin d’une société faite de citoyens-proies ; car Servir et Être Servi ne sauraient avoir le même sens. Quand l’Etat met tout en œuvre pour s’engraisser sans se préoccuper de la précarité croissante de la vie des citoyens dont il administre l’existence socio-économique, il faut bien se demander : « qui est véritablement au service de qui ? ».’’

Partout des murs sociaux sont érigés pour barrer le citoyen haïtien et lui empêcher de respirer l’agréabilité du service public[18]. C’est ainsi que l’angoisse sociétale émanant du blocage politico-socio-économique des pouvoirs subalternes successifs, imprégné de l’esthétique coloniale, produit une société malade où le « sous-développement » comme « gaspillage d’Hommes » devient une normalité de l’ordre social et politique rétrograde, reste indompté du colonialisme, en place depuis la proclamation de la naissance de la société haïtienne, dite improprement indépendante et souveraine[19].

Comment penser une société nouvelle basée sur le respect des lois et le développement humain au sein d’un État qui a manqué à sa mission tout au long de son existence, c’est-à-dire, penser et construire le bien-être du peuple? Comment se créer des moyens du bien-être du vivre-ensemble lorsque les forces impérialistes contemporaine du capitalisme marchand imposent leur loi de partout dans une société où règne ce que Axel Honneth appelle la « dynamique sociale du mépris [20]» ? 

Haïti est au cœur de toutes ces interrogations. Elle est l’image même d’un État failli dans la mesure où presqu’aucune espérance n’a été satisfaite après plus de deux cent années d’existence et de vie de peuple au milieu d’un monde où l’inertie et le manque de vision progressiste et d’attitudes humanistes vis-à-vis de sa population ouvre constamment la voie à la servitude au profit d’autrui (de l’étranger). Le peuple haitien évolue (comme) sous l’emprise d’une certaine culture de la misère sans laquelle elle ne saurait exister et pour laquelle les (soi-disant) responsables de l’État font tout, afin de maintenir la nation en vie par et dans une esthétique de mal-faire et de faire le mal.

Dans cet  univers social tranquillement insatisfait, énervé, indigné et révolté: 

 

« je vous salue vous tous qui résistez, 

enfants de vingt ans au sourire de source,

Viellards plus chenus que les ponts,

hommes et femmes robustes, images des saisons.                                      

Je vous salue au seuil du nouveau matin » [21]                                                                                                               

Par Jameson Primé


NOTES

[1] - Voir : Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, 2006, Paris, Gallimard

[2] -Alain Touraine, Qu’est-ce que le développement ? (Article)

[3] - Leslie Péan, économiste et analyste politique haïtien, pense que par les formes de gouvernance qu’elle ne cesse d’instituer la société haïtienne a depuis un certain temps refusé le progrès pour n’embrasser que la régression. (Voir Leslie Péan, Les manifestations contre la politique du ridicule et de la dérision (Article publié dans le Journal Le nouvelliste du 19 octobre 2012)

[4]-Voir Alain Gilles, « La raison rentière » (2012), Rencontre. Revue haïtienne de société et de culture, no 24-25 (Voir aussi Michel Hector et Laennec Hurbon in « Genèse de l’Etat haïtien  (1804-1859)», Préface de Jorge Ivan Espinal, Paris, Editeur : Maison des Sciences de l'Homme (juin 2009)

[5] -Thomas Hobbes, Le Léviathan, Editeur : Folio (novembre 2000) Collection : Folio essais

[6] -Voir Michela Marzano, in « Une société où la confiance n’existe plus perd ses bases », Entretien, Propos reccueillis par Sophies Peters, Source : La Tribune. Fr- 18/04/2011

[7] -Guy Debord, La société du spectacle, 1967 (Voir aussi Jean Baudrillard in « De la séduction »,  éditions Galilée, 1980)

[8] - Raymond Boudon, Déclin de la morale ? Déclin des valeurs ? Paris, éd. PUF, 2002

[9] -L’anthropémie est un vocable créé par l’éthnologue français Claude Lévi-Strauss lors de ses recherches au Brésil. Celui-ci lui permet d’expliquer le phénomène social du rejet par un groupe ou une communauté de l’un de ses membres  soit par l’exclusion ou la prison. Tiré du grec anthropo, homme (espèce) et de la terminaison grecque émien, vomir, ce mot utilisé pour la première fois par Lévi-Strauss dans son livre Tristes Tropiques, témoigne du comportement d’une société à écarter des individus.

[10] -La société ne s’intéresse plus au processus de votre succès. La réalité des choses, est que l’essentiel il faut réussir.

[11] -Voir Raymond Boudon, La place du désordre, Paris, PUF, 1984

[12] -A paraitre: « Haïti : de l’ombre à la lumière. Contre le destructivisme politique haïtien » par Jameson Primé

[13] - Voir Gary Olius, Haïti : Une administration publique drôlement efficace…, Soumis à AlterPresse le 6 décembre 2007

[14] -Axel Honneth, La société du mépris : Vers une nouvelle théorie critique, Éditions La Découverte, Paris, 2006

[15] - Bernard Hadjadj, Franckétienne l’universel haïtien, Ed. Riveneuve, 2012, p.24

[16] -Ibid, p. 46

[17] - Jacques Rancière, "Le partage du sensible: Interview." in: Multitude. 2007. (French).

[18] -"A force de répétitions, il est devenu banal de dire que l’administration publique haïtienne est inefficace. Pourtant, ce que plus d’un qualifient tout de go d’inefficacité peut, sous un autre angle, être considéré comme une preuve incontestable d’efficacité. Tout dépend de la position relative de l’observateur ou de l’acteur qui émet le jugement et aussi du modèle conceptuel qui lui sert de référence. Il est vrai que bon nombre d’Haïtiens appellent de tout leur vœu une administration publique totalement dédiée à leur service, mais comment celle-ci pourrait-elle servir des citoyens qu’elle éloigne systématiquement de ses prises de décision. L’efficacité dans la conception et la production des services de l’Etat devrait aller de pair avec les attributs de proximité, de rapidité et de qualité car, l’administration publique est l’un des rares domaines où la fin ne justifie pas toujours les moyens." (Par Gary Olius, Haïti : Une administration publique drôlement efficace…, Soumis à AlterPresse le 6 décembre 2007)

[19] -Depuis ce qu’on peut appeler le paiement complice de la «dette de l’indépendance » en 1825 par le président Jean-Pierre Boyer (représentant de l’oligarchie qui avait négocié ce qui n’était nullement négociable pour les pères de la Patrie et les anciens esclaves), est-il normal de parler de Haïti en termes d’ « Etat indépendant et souverain », dans la mesure où le paiement de cette fausse « dette » a été le signe d’un renoncement à la souveraineté nationale et l’établissement du nouveau statut néocolonial. Ceci témoigna profondément de la « rupture » entre le gouvernement et la population composée fortement d’anciens esclaves. Cette rupture se laisse encore voir dans les actions politiques des dirigeants haïtiens qui ne cessent d’afficher leur soumission aux puissances étrangères tout en méprisant le bien-être du peuple haïtien. (Voir : ‘’ L’imposition de la dette de 1825 ou la rançon néocoloniale par Suzy Castor (Mémoire et droits humains Editions D’en Bas), et voir aussi Bernard Gaubert  in « HAITI : La dette maudite de 1825 réclamée par la France »

[20] -Axel Honneth, Ibid., p. 182 

[21]- Voir : Robert Desnos, in ''Le Veilleur du Pont-au-Change" (Voir aussi : Jameson Primé Invitation à l'Haitialitéwww. jamesonprimeup.over-blog.net, Article publié le 27 Mai 2013) 

(Part I)

Robert Desnos (Le Veilleur du Pont-au-Change)
Haïti : La famille, le peuple et l’Etat.
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Iona Ponce 09/04/2017 23:08

Excellent article. Rien de plus véritable sur la situation du Haïti. Mais, comme brésiliènne que je suis, j'ai toujours dans mon coeur l'espoir que pas seulement l'Haïti, mais le monde, comme en ensemble, change. Ce modèle socio-politique economique actuel est en train de nous montrer de plus en plus qui nous amènera à une fin dramatiquement triste.

J. Primé 11/04/2017 14:54

BONJOUR Iona Ponce !
Merci pour le commentaire. Etant Brésilienne comme vous l’êtes, je vous recommande la lecture d'un livre du professeur brésilien Ricardo Seitenfus, sur Haiti, intitulé : « L’échec de l’aide internationale à Haïti.
Dilemmes et égarements ». Mais, il faut dire que la situation calamiteuse, désastreuse et catastrophique d'Haiti s'inscrit dans la logique de destruction du capitalisme impérialiste imposant ses valeurs et modes de faire au monde. Meme si Haiti se donne à voir comme la figure la plus meurtrie et la plus méprisée des puissances impérialistes , vu son histoire de dissidence capable d'éveiller et de réveiller les peuples endormis par les leurres d'un humanisme bienveillant des impérialistes camouflant la prédation arrogante des capitalistes prétextant d'un droit à l'ingérence humanitaire. Nous sommes tous embarqués dans la catastrophe capitaliste renvoyant tout au profit accumulé sans bornes. Alors comment y faire face pour qu'arrive à survivre l'espèce humaine au-delà de l'affreuse tragédie qui s'annonce par l'envie démesurée des démons capitalistes d'avaler des vies innocentes au nom de leurs intérêts mesquins pour la domination et la jouissance outre toute mesure?

Primé 24/07/2015 21:56

Merci Shelove Silome!
Plus qu'un plaisir de partager avec vous les richesses de l'esprit, toujours un Bonheur.

Je vous souhaite le meilleur !

Shelove silome 19/07/2015 14:48

Je dois etre fier d'etre un de vos apprenants. Toute mes louanges à vous!

Ruth B Primé 21/04/2014 04:35

Ca c est mon frere Proud of u bro muahhhh

J. Primé 21/04/2014 04:38

Merci petite Soeur adorée. Je t'embrasse très fort.