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Le rap créole: pragmatisme et défaut d’éthique politique (révolutionnaire)

"Il faut en effet se méfier des idées préconçues qui déforment ou oblitèrent l’image des danseurs d’anguilles au marchés Sainte-Catherine. Il faut se méfier des histoires qui sonnent bien[1]"  

W. T.  Lhamon Jr.

 

En Haïti la musique rap (dit "Rap créole" ou "mouvement Rap Kreyol") a toujours été imprégnée d’un discours socialement engagé qui consistait par la prise de parole à rendre visible les minorités, et en particulier la jeunesse qui semble avoir plus qu’un sentiment d’une invisibilité sociale d’elle-même correspondant à une non-présence physique, mais plutôt à une non-existence sociale[2]. En ce sens, on peut citer à titre d'exemples: "Master Dji", "Haiti rap n' ragga", "Masters of Haiti" pour les anciens, et pour les plus jeunes, on a: "Barikad Crew" de la zone du "Bas peu de chose" à Port-au Prince, et le groupe "Rockfam lame a" de Delmas, pour ne citer que ces groupes les deux plus connus du milieu rappologique haitien d'aujourd'hui. 

Les autorités politiques, les partis politiques aussi bien que les grands groupes commerciaux et/ou hommes d’affaires-entrepreneurs qu’on appelle en Haïti les « bourgeois » (Gran nèg) ont de tout temps été très durement critiqués à travers les paroles de la musique rap. Cette dernière catégorie sociale que beaucoup d’analystes (historiens, sociologues, etc) contestent l’appellation de « bourgeois », leur préférant plutôt celle d’ « affairistes » compte tenu qu’elle ne fait que le négoce entre la société haïtienne (l’État haïtien) et les grandes industries des puissances étrangères. Cette catégorie sociale (non homogène avec ses conflits internes liées à leurs provenances diverses : Syrie, Liban, USA, etc.) appelée dans le langage haïtien « Mulâtres » -vu le teint clair de leur peau par rapport à la très grande majorité de la population dont la peau est noire - est ce qu’on appelle en Haïti la classe économique, la classe des affaires. En ce sens, on peut comprendre que « Bourgeoisie » et « Mulâtres » riment en Haïti.

Généralement, vu comme étant en marge (à l’écart) de l’arène politique par ses préoccupations économiques rentières[3], avec une population d’environ cinq pourcent de la population globale, ils détiennent à eux-seuls plus de soixante pourcent des richesses d’Haïti. Ce groupe, dit-on, d’affairistes, de rentiers se servent généralement d’autorités politiques et administratives pour se soustraire au fisc[4]. Leur indifférence à l’égard de la misère régnant dans la société haïtienne reste incroyable. Ils se complaisent dans la crasse, la misère et la corruption sans bornes par lesquelles et au dépend desquelles ils ont (pour grand nombre d’entre eux) construit leurs richesses. En témoigne une récente décision d’interdiction de départ adressée à plus d’une soixantaine d’entre eux, parmi les très riches du pays[5].

Dans son morceau de musique rap créole intitulé « An Ayiti » (En Haïti) le rappeur haïtien MRJ, un ancien membre du groupe SAL (Sektè Atis Lib[6]), critique cette manière de procéder en toute impunité à l’encontre des lois et des règles (formellement élaborées) au détriment du bien commun.

"An Ayiti pou chak betiz gen yon eskiz. Biznisman ilegal rele tèt yo brasè, y’ap profite de kriz. […] An Ayiti, sak pi fò sou zile sa se konplo. […] An Ayiti se sèl lanmè yo paka jwenn bout. Kout kòb bouche zòrèy, li fèmen je, li tepe bouch. Èn ak ipokrizi afekte tout kouch. An Ayiti gen bagay si se moun ki di w li fèt ou pap kwè. An Ayiti sa ou pa ta imajine se yon reyalite. Yo ofisyalize sa pou yo ta penalize. Se la yo rann enposib vin posib. Se la ou wè sa ou te panse ki envizib.[7]’’ 

 

« En Haïti pour chaque bêtise il y’a une excuse. Les contrebandiers illégaux se font appeler entrepreneurs et ne profitent que de crises. En Haïti, la seule force qui  reste est  le complot. […] En Haïti, avec l’argent tout est possible. On achète les oreilles, les yeux et la bouche. La haine et l’hypocrisie affectent toutes les couches sociales. En Haïti, Il y’a des choses si quelqu’un les raconte, on peut ne pas vouloir le croire. L’inimaginable fait la réalité. On officialise ce qui est condamnable. C’est là  où l’impossible  devient possible. C'est là où l'on voit se qu'on croyait invisible […]. »

 

Ceci dit, dans le rap créole, les politiciens haïtiens, les hommes d’affaires, les hommes d’État aussi bien que certaines puissances étrangères comme les USA, la France et le Canada sont généralement objets des critiques les plus virulentes. Longtemps vécus dans l’invisibilité comme ce qu’on voit à travers puisqu’on ne veut pas le voir, les pratiquants haïtiens de rap sont aujourd’hui sollicités pas ceux-là dont ils faisaient les pires ennemis de la société haïtienne. A savoir : politiciens et  entrepreneurs (ou Hommes d’affaires, bourgeois haïtiens). Ainsi se nouent des relations marchandes entre certains d’entre les premiers (les rappeurs) et les derniers (politiciens et bourgeoisie).  Quelles impressions les praticiens du rap créole se font-ils de telles relations (rappeurs-politiciens / rappeurs-bourgeois)? Autrement dit, comment interprètent-ils ces relations dans le processus des luttes pour la transformation sociale qu’ils disent généralement mener au nom de la population souffrante sous le label de « mouvement rap créole » ?

Pour un rappeur comme Ray-G Mafia, il n’y a pas lieu de critiquer ou de juger des rappeurs qui choisissent de rentrer dans une logique de prise de position politique en faveur ou à la solde de tel politicien ou de tel autre. Car, selon lui, le rappeur est avant tout un artiste, et en tant que tel, il a une (certaine) posture à garder.

 

« Bon, mwen menm lojikman mwen pa ka kouri di li bay yon move imaj de rapè yo paske gen yon seri de bagay se devwa yo ye, kanmenm rapè a t’ap genyen pou li al fè devwa li. Sa ka rive yon nèg afiche l’. M’ pa prale gen kont ak yon nèg ki afiche l’. Sa ka rive yon nèg ki pa afiche l’ se chans li pat jwenn.  M’pa ka gen kont ak yon nèg ki te afiche l’ak yon leader politik ou byen ki pat afiche li. Mwen pa gen kont ak sa. Sèl kont mwen genyen dirèkteman, mwen kont yon moun ki pa pre pou ede nèg la, ki ap plenyen chak jou pou problèm peyi l’ nan mizik, epi jou li jwenn yon moun ki deside ba li 10 goud mete sou 25 kòb li te genyen depi 100 tan li te ap rap la epi pou di li pat dwe pran l’. Se ak moun sa mwen vini gen problèm. Se vre ou sipote m’, men mezanmi fòk mwen benyen, fòk mwen abiye, fòk mwen mete pafen, fòk mwen fè tout bagay. Fòk mwen manje. E ou menm ou paka ban mwen l’. Ou ban m’ gro bagay tou wi paske ou sipote m’. Gro bagay ! ou sipòte mwen. Paske san ou menm mwen pa anyen. Men se menm ou menm ankò tou, ki pral wè lè Regie parèt nan lari a ak tenis sa a, ak bòt sa a ki chire ki pral di O ! gad jan Regie pran lari an ! Si m’ jwenn yon mwayen pou m’ fè l’, depi mwen pa vòlè mwen pa fè anyen ki ilegal ....»

 

« Pour moi, logiquement, je ne peux pas m'empresser de dire que cela donne une mauvaise imagedes rappeurs, parce qu’il y'a des choses qui relèvent du devoir. Un jour ou l'autre le rappeur aura bien à faire son devoir. Ca peut arriver qu'un rappeur s’affiche avec un politicien publiquement. Ca peut arriver que celui qui ne s'affiche pas, c'est parce qu'il n'a pas l'occasion de le faire. Je n'en veux pas à un rappeur qui s'est affiché ou non avec un leader politique. J'en veux à ceux-là qui ne sont pas disposé à aider le rappeur qui ne fait que chanter pour son pays, et quand il trouve quelqu'un qui lui donne 10 gourdes pour ajouter aux 10 centimes qu'il avait depuis tous ces temps qu'il ne faisait que rapper. Et quand quelqu’un vient lui dire qu’il ne devrait pas le prendre,c'est à de telles personnes que j'en veux. Il est vrai que vous m'aviez supporté, mais je dois m'habiller, m'acheter du parfum, manger, et faire plein d'autres choses. Et toi, tu ne peux pas me les procurer. Vous m'aviez beaucoup donné par ton support, c'est bien et c'est grand. Sans vous comme supporteurs, je ne suis rien. Mais, c'est vous qui allez me critiquer quand je porte des vêtements délabrés, quand je ne suis pas assez propre. Alors, si je trouve un moyen de m'en procurer, tant que je ne suis pas en contradiction avec la loi, je ne fais rien d'illégal et de mauvais ... » (in entretien avec Ray-G Mafia, Rappeur du groupe C-Projects)

 

Le rap créole en tant que microcosme critique au sein de la société haïtienne fait face à un certain inconfort quant aux choix éthiques et politiques que les adeptes devraient adopter dans la pratique de leur art. Au projet de transformation sociale s’ajoute un pragmatisme marchand qui renouvèle le rap créole tant musicalement que dans son image et la symbolique de ses paroles. Ainsi, se pose des questions qui semblent fondamentales pour la compréhension de nouvelles pratiques de cette musique, à savoir si le rap ne serait-il pas arrivé là où il le voulait ? Ou du moins ne se joue  t-il pas d’un pragmatisme qui ne tient compte d’aucun enjeu ? En ce sens, ce pragmatisme ne tend t-il pas à détruire tout engagement social ou permet-il de rendre à voir la nécessité de rénover en révélant ce qu’il y a comme carence et insuffisance dans la pratique du rap créole en tant que mouvement social, et qu’il ne suffit pas de polariser pour polémiquer?

A ces interrogations, les propos de Ray-G Mafia aident à saisir et  comprendre ce dont il est question dans l’évolution de la musique rap en Haiti.

 

« Ou konnen, bagay la se B.I.G kise ‘’Busness Into the Game’’.  Sa vle di: Biznis nan jwèt la.  Sa vle di fòk nou fè biznis, se yo ki gen kòb nan men yo, se yo ki potanta, yo rele w yo di w vini fè yon reklam.Ou fè reklam lan. Ou konprann! Politisyen an rele w, li mande w pou mache avèk li. Se pa pou anyen non li rele w la. Se nou ki fòs jenès la, se nou ki pòt pawòl jenès la. Yo chwazi itilize enpe nan nou jis pou yo ka ogmante popilarite pa yo. Paske yo konnen depi yo wè mwen kanpe avèk yo piblik mwen an pral di : oh apa Ray-G se la li ye ! Sa ap gentan enfliyanse yon pakèt moun. Se sa a wi ki fèt la sèlman. Men, lojikman si n’ap pale de politisyen, nou kapab di ; moun sa yo, chak jou se tò yo fè nou anplis nan men mouvman nou ye a. Paske lè ou anpeche peyi m’ devlope, lè chak jou m’ap plenyen de problèm peyi m’ paske se sa mwen chante mwen menm. Epi se menm ou menm ki ap make peyi m, ou konn bagay la se sak fè mwen pale w de B. i. G : Busness Into the Game. ».

 

« Tu sais! Aujourd'hui la question est: B. I. G., ça veut dire: "Business into the game". Cela veut dire qu'il est impératif qu’on fasse du business. Ce sont eux qui ont de l'argent, ce sont eux qui ont du pouvoir.Si on t'appelle pour faire une publicité. Tu le fais! Tu comprends! Le politicien te demande de faire campagne avec lui. Il ne fait pas appel à nous autres pour rien. C'est nous qui sommes la force de la jeunesse. Nous sommes la voix de la jeunesse. Ils font le choix de nous utiliser pour augmenter leur popularité. Parce qu'ils savent, quand on me voit à leurs cotés, une grande part du public va être influencé par ma présence et ma position. C’est seulement ça qui se fait. Mais logiquement, quand on parle des politiciens de mon pays, on peut dire que ces derniers, ne font que nous faire plus de tort chaque jour, surtout quand il s’agit de notre mouvement. Parce que, quand tu empêches à mon pays de se développer, quand chaque jour je chante pour mon pays, et toi, tu ne fais que l'enfoncer davantage. Tu connais tout! C'est pour cela que je parle de: B. I. G: Bussiness into the game » (in Entretien avec Ray-G Mafia, rappeur du groupe C-Projects)

 

Le rêve de transformation sociale qu’évoquent généralement les pratiquants du rap créole ne s’est-il pas volé en éclat par cette posture de pragmatiste marchand consistant qu’à répondre aux diktats des agents politiques et économiques du « système d’exploitation rentière » (non productif), juste pour se faire un peu d’argent leur permettant de se faire "bling-bling" aux yeux des affamés qui les entourent et les adulent ?

Dans "Philosophie et pragmatisme’’, Emile Durkheim a écrit : « Le pragmatisme ne prétend pas approfondir ni dépasser la réalité immédiate pour lui substituer un monde de créations de l'esprit. Ce qui domine en lui, c'est un sens réaliste et un sens pratique. Le pragmatiste est un homme d'action et qui, par suite, attache de l'importance aux choses. Il ne poursuit pas son action dans le rêve ; il ne prend jamais, comme Nietzsche, le ton d'un prophète ou d'un inspiré ; il ne connaît ni l'angoisse ni l'inquiétude. La vérité, pour lui, c'est quelque chose à réaliser[8]. »

Alors, l’attitude pragmatiste si elle peut permettre à certains, et même très peu de pratiquants haïtiens de rap (créole) de s’écarter du fil de la misère comme l’expliquent certains de nos enquêtés, la lecture sociologique de ce pragmatisme ne révèle t-elle pas un décalage éthique dans la mesure où l'attention aux conséquences des moyens utilisés et aux conséquences en général des actions qui sont entreprises et menées jusqu'à leur terme se passe souvent (de l'éthique) de la responsabilité. Les conséquences doivent être considérées, car le risque existe qu'elles soient contre-productives par rapport au but commun qui se serait visé, ou encore qu'elles soient néfastes pour d'autres finalités jugées importantes ou pour certaines valeurs à respecter. L'attention aux conséquences implique que l'on prenne en considération les effets de l'action sous ses divers aspects et aussi eu égard à tous les intéressés. L'éthique de la responsabilité est extravertie au sens où elle s'inquiète des conséquences concrètes de l'action sur les autres. En ce sens, l’éthique politique est liée à l’adéquation de ce que l’on dit et ce que l’on fait dans les relations qu’on entretient avec d’autres dans une logique commune de lutte et de transformation sociale. Et, il faut dire qu’en participant à une communauté éthique de valeurs comme le pense Axel Honneth, l’existence sociale individuelle se trouve rattachée de manière organique à celle du groupe auquel les conditions sociales pour une lutte symbolique autour des valeurs aient été au préalable réunies. En ce sens, le vecteur par lequel transite la reconnaissance culturelle est le travail social considéré comme la prestation ou la contribution qu’apportent les différents sujets qui la composent à la communauté éthique des valeurs. Cette dernière s’envisage à la lumière de valeurs qui donnent aux qualités et aux capacités de chaque membre du groupe un rôle significatif réciproque et symétrique dans la pratique commune[9].

William James pense que le pragmatisme n'est rien d'autre que l'attitude, la tournure générale que doit adopter l'intelligence en présence des problèmes, et cette attitude consiste à tourner nos regards vers les résultats, les conséquences, les faits. Il écrit : « La méthode pragmatique consiste à entreprendre d'interpréter chaque conception d'après ses conséquences pratiques[10]. » En ce qui concerne la mouvance rap créole en Haïti, comment expliquer avant tout, les raisons qui ont fait croire aux pragmatistes que l'ancien rationalisme de la résistance contre ce qu’ils ont toujours pointés comme ennemis du peuple devait être remplacé ?

En ce sens, l’animateur de musique rap O. Philogène (dit l’enfant du ghetto) explique l’attitude pragmatiste (marchande) des pratiquants du rap créole, qui serait selon ses dires une des formes de résistance face à des forces sociales qui paraissent si puissantes qu’il fallait jouer les ouvertures pour s’en démêler :

 

« Menm jan yo konn di an bon kreyòl: Pòt an bwa paka goumen ak pòt an fè! Mwen menm mwen aproche tout rapè ki nan Pòtoprens, dèfwa ki nan vil de provens, dèfwa ki aletranje tou, E m’ konn eseye pale ak nèg yo. Tout mouvman ki ap fèt ki pa genyen yon ekonomi solid dèyè l’, mouvman sa a pap mache. Ou gen dwa fè l’ ou genyen volonte, men fòk ou gen ekonomi dèyè l’ pou ede moun yo simonte difiklte yo. Dèfwa tou, yon moun gendwa wè yon atis al mache dèyè yon leader, li gen dwa jis pa genyen enterè pèsonèl pa l’. li jis gen enterè peyi a. Eeeee,li jis wè enterè jèn yo. Eeee mwen menm, dèfwa mwen asiste nan reyinyon, yon nèg tankou Izolan, de nèg tankou nèg Rockfam yo, nèg yo gendwa pa ale pou tèt yo pou yo al fè yon kòb. Pou prezidan an al ba yo yon kòb pou kanpay. Yo jis ale paske nou te gen yon mouvman jèn nou vle fè. Pou mouvman jèn lan rive fèt, si nou backup yon prezidan,li ka ede mouvman jèn lan avanse. Se pa tankou la nou jis gen yon deal, nou di prezidan m’ap fè kanpay pou ou, ou ap ban m’ 100 000 dola. Non se pa konsa li te jis ye. Pa rapò ak janm pale ak nèg yo, yo te eksplike m’. Nèg yo di Obenson, Rap kreyòl la se yon mouvman nou plen moun dèyè nou, men si nou genyen fòs la li ap just bon. Si nou genyen moun e plis fòs lè sa a mouvman an ap ka ale pi rapid. Nou te plis kwè nan kontinwite. Tèl moun prezidan, li ap ka backup mouvman jèn lan. L’ap ka fè MC yo jwenn bous pou ale etidye lòtbò, MC yo jwenn lekòl pou yo ale, MC yo jwenn plis estidyo. Lè sa a li ap vini elaji kad la a. Se pa nan sans nou di nou konnen nèg la nan kontreband, nou ap jwe …. Non ! Si nou vle peyi a chanje, si nèg la vle chanje a, fok nou mete nou bò kote l’ pou n’ fè chanjman an. Pandan setan l’ap retire tout sa ki move lakay li pou yo vini bon, e pou nou pran tout sa ki bon an pou nou mete yo ansanm. Sa vle di, al sipòte yon nèg ki ap fè kanpay pou prezidan, oubyen al sipòte yon depite, se al sipòte jenès ki renmen nou an. Al sipòte jenès kote se nou menm, se nou menm ki ka jwenn moun lan pou n’ fè sa a chanje. Se nan optik nou gendwa vle sipòte yon moun, bagay la gendwa chanje. Ou gendwa al sipòte yon nèg epi projè li te ba ou avan eleksyon an epi se pa sa li pa ou. Men nou menm nou te just fè l’ avèk yon kè, nèg yo te just fè l’ avèk yon kè pou yo te wè jenès ki ap soufri a, jenès ki paka ale lekòl la, jenès ki fin fè filo chak jou li ap domi lakay li a, jenès ki pa ka jwenn kòb pou li fè kopi a. Se sa nou te bezwen chanje paske si nou gen moun nou, lè sa a n’ap ka mete yon minis jèn ki pou panse ak jèn yo. N’ap ka mete yo minis jèn ki pou pase projè jèn yo. N’ap ka mete yon minis jèn ki pou avanse ak jenès la. Se nan optik sa a, lè nou kanpe dèyè yon leader se pa dèyè enterè pa nou nou ye. Nou wè enterè nasyon an, enterè jenès k’ap soufri a, enterè jenès inivèsitè ki poko janm fè yon job depi 5 ane yo fini diplôme a. Jèn ki poko janm konnen sa yo rele yon travay pandan setan yo gen metye. De jèn ki poko janm manyen yon chèk depi lè yo fèt la. Se nan optik sa a nou te kanpe dèyè yon leader pou l’ te ka fè mouvaman jenès ayisyèn lan avanse. »

 

« Comme on le dit d’habitude en créole, une armure de bois ne peut résister à une amure de fer ! Je me suis rapproché de presque tous les rappeurs de Port-au-Prince comme de plein d’autres dans les villes de provinces comme à l’étranger. Et dans mes conversations avec les rappeurs, ils me disent que tout mouvement social qui n’a pas une économie solide ne peut pas avancer. On peut avoir de la volonté, mais il faut une économie capable d’aider ceux qui s’y adhèrent à surmonter leurs difficultés. Souvent, on peut constater un artiste à coté d’un leader politique, pourtant il ne défend aucun intérêt particulier. Il cherche juste l’intérêt du pays, l’intérêt des jeunes. Moi personnellement, dès fois j’assiste à des réunions, où quelqu’un comme Izolan[11] et d’autres comme les rappeurs de Rockfam, ces messieurs peuvent ne pas s’engager pour eux-mêmes dans le but de se faire de l’argent en faisant campagne avec le président. Ils se sont juste engagé parce qu’on a un mouvement qu’on veut faire avancer. Pour concrétiser le projet, si on a l’appui d’un président, cela pourrait permettre au mouvement de la jeunesse de progresser. Ce n’est pas comme si on passait un contrat avec le président pour lui dire qu’on fait campagne pour lui et qu’il doit nous donner 100 000 dollars. Non ! Ce n’est pas ça la question. Dans tous mes discussions avec les MCs, ils m’avaient expliqué et ils m’ont dit : Obenson, le rap créole est un mouvement qui a beaucoup de gens qui le supporte, mais si nous avons aussi le pouvoir avec nous ce serait mieux. Si nous avons le public et le pouvoir, le mouvement va arriver à son but et dans moins de temps possible. Nous croyons davantage dans la continuité. Telle personne devient président de la République, elle peut supporter le mouvement de la jeunesse. Cette personne là peut faire en sorte que les MCs puissent avoir accès à plus de formations, trouver des bourses d’études à l’étranger, créer beaucoup plus de studios d’enregistrement, etc. Ainsi, cela permettra d’élargir le cadre. Ce n’est pas dans le sens qu’on sait que la personne fait de la contrebande, et nous jouons…… Non ! Si on veut que le pays change, et si la personne montre qu’elle veut aussi ce changement, il faudra qu’on se mette ensemble pour réaliser ce changement. Ainsi, cette personne doit  transformer tout ce qui n’était pas bien chez elle, et nous mettrons ensemble ce que nous avons de bien. Cela veut dire, supporter un candidat à la présidence ou un député, c’est en quelque sorte supporter cette jeunesse qui nous aime. Supporter la jeunesse, c’est nous supporter nous-mêmes, parce que ce sont nous qui sommes capables de réunir les gens pour apporter le changement. C’est dans cette perspective que nous supportons un candidat. Mais, ça peut arriver que les données changent. Il est possible qu’après son accession au  pouvoir, le projet que le candidat avait présenté n’est pas celui qu’il exécute. Mais nous autres MCs, nous l’avions fait avec le cœur. Avec le cœur  pour cette jeunesse qui souffre. Cette jeunesse qui n’a pas accès à l’éducation. Cette jeunesse qui, après ses études classiques ne trouve rien d’autre à faire que dormir à la maison. Cette jeunesse estudiantine qui ne peut même pas faire ses copies. Ce sont ces choses que nous voulons changer. Car si nous avons des gens à nous, nous pouvons avoir un ministre de la jeunesse qui écoute et qui réfléchit aux projets des jeunes. Un ministre de la jeunesse qui avance avec les jeunes. C’est dans cette perspective, lorsqu’on nous voit avec un leader politique, ce n’est pas justement notre intérêt personnel qu’on recherche. Nous visons d’abord les intérêts de la nation et ceux de cette jeunesse qui souffre. Ce sont les intérêts de cette jeunesse universitaire qui ne trouve pas de travail même après cinq années depuis qu’elle a finit de décrocher un diplôme. C’est-à-dire, ces jeunes là qui ont un métier et qui n’ont jamais connu un travail, qui n’ont jamais touché à un chèque de toute leur existence. C’est dans cette optique que nous avions été avec des leaders politiques et d’autres dans le but de faire avancer le mouvement de la jeunesse haïtienne. » (in Entretien avec Obenson Philogène, Animateur musique rap Kreyol)

 

Ainsi évolue et se développe le rap créole en Haïti. L’attitude protectrice des pratiquants  risquait-elle toujours de devenir condescendante ? Pour illustrer mon interrogation, il me parait intéressant de reporter une histoire de W. T. Lhamon Jr. à propos des spectacles Blackface du marché Sainte-Catherine aux États-Unis d’Amérique, marché où des noirs dansaient pour des anguilles. Lharmon Jr écrit en rapportant une phrase de Roger Abrahams dans son étude sur ces mêmes spectacles : ‘’Sur les marchés, on doit parfois fermer les yeux sur certains devoirs civiques pour que les échanges puissent avoir lieu. Le langage créole se développe et des gestes extravagants s’épanouissent dans le but de vendre des marchandises. « Pour que le commerce existe», écrit-il, « il faut  tracer des frontières de telle sorte qu’on puisse ensuite la franchir, ou créer des zones pour que plusieurs communautés puissent se rassembler en toute impunité.[12]’’

Lexplication de l’enquêté conduit une fois de plus aux travaux de William James sur le pragmatisme. Selon W. James, le pragmatisme n’est pas un système arrêté, ce n’est même pas un système, mais une discussion, un mouvement, qui pourra d'ailleurs se déterminer davantage ultérieurement. C'est moins une organisation définitive d'idées qu'une impulsion générale dans une certaine direction. Ce qui fait la force du pragmatisme, explique t-il c'est la faillite des théories antérieures, et en particulier, l'insuffisance du rationalisme qui a conduit à rechercher une autre conception du vrai[13]. Dans ce cas, ne peut-on pas parler d’une éthique pragmatique du rap créole ? Ou du moins, existe t-il une réelle stratégie de résistance qui serait dissimuler sous ces relations (expliquées par l’enquêté) et qui relèverait d’une éthique de responsabilité caractérisée par l'attention aux moyens dans une double perspective : C’est-à-dire, en ce qui concerne à la fois leur efficacité pratique, opératoire (car c'est  bien la fin qui justifie les moyens) d'une part ; et les conséquences,  d'autre part.

Le souci d'efficacité encourage le pragmatisme, le compromis qui est une  tendance à réajuster moyens et finalités selon les aléas de l'action, à redessiner les  contours du but visé. Max Weber parle d'une « éthique du  succès» qui est une variante activiste et passiviste qui vient prendre la relève de l’éthique de la conviction et celle de la responsabilité[14]

Les pratiquants haïtiens du rap ne sont pas tous unanimes sur les modalités de faire avancer le dit mouvement rap créole. Pour le rappeur DRZ, un ancien membre du groupe NGS (Nèg Ghetto Salomon), le choix pour un rappeur de marchandiser son talent et son art aux services et à la cause d’un quelconque politicien doit être en tout temps assumé. Selon lui, un rappeur doit être investit à la cause de la population, en particulier des masses et non des nantis.

 

« Gen anpil rapè ki chwazi fè li, men mwen menm mwen pa chwazi fè li. Nèg ou wè ki atis ki nan mouvman politik la. Nèg la rapè pandan l’ap fè mizik pou gouvènman, nèg la gendwa se yon brase li jwenn, se yon aktivite yo lage nan menm li epi li chwazi ladan li. Mwen men mwen pa chwazi fè li. Si m’ap mache dèyè yon moun pande mwen rapè, epi lè moun lan fini pran pouvwa mwen pa renmen jan li ap fonksyone a, epi pou m’ap chante kont li ankò. Ok, konsa tou li gendwa bon pou mwen, epi pèp la wè li pa bon pou li. Kijan mwen pral ka fè chante pou li pandan pèp la wè li pa bon pou li ? Pèp la pral vire kont mwen ! Pèp la pral vire kont mwen. Konsa tou mwen menm mwen pap janm ka chwazi fè li. Just, mwen pa politisyen, just mwen rete nan kad atis, rap. Se rap m’ap fè. Just mwen gen dwa wè yon bagay pa bon pou peyi mwen chante kont li. Sa k’ pa bon pou peyi a. Epi m’ap tou profite di tout rapè, si se bras ki ap fèt, just brase, men depi ou fin brase ak moun lan ou pa gen pou pale li mal, paske se kòb li t’ap ba ou. Respekte sa li fè pou ou a. »

 

« Il y a beaucoup de rappeurs qui ont fait ce choix, mais pas moi. Ces rappeurs qu'on voit dans les mouvements politiques, le type, il est rappeur, il fait des ses morceaux pour les pouvoirs, il se pourrait qu’il a juste trouvé une affaire. On lui donne une activité, et il s’y livre. Moi, je ne choisis pas cette voie. En tant que rappeur, si je supporte un leader politique ou autre, arrivé au pouvoir son mode de fonctionnement ne me plait pas, je vais me voir à chanter contre cette même personne. Elle peut être à mon avantage, mais au détriment du peuple. Comment je vais pouvoir continuer à chanter pour cette personne quand le peuple n'en veut plus. Le peuple sera contre moi. Dans ce cas, j'ai décidé de ne pas faire ce choix. Je ne suis pas politicien, je reste dans mon monde artistique du rap. Je ne fais que rapper. Quand je vois que quelque chose ne marche pas dans mon pays, je le mets en musique pour le dénoncer et le contester. Je profite de l'occasion pour dire aux rappeurs, si vous voulez faire des affaires, juste faites-le. Après, ne venez pas critiquer. Parce que, quand quelqu'un vous donne son argent, vous lui devez du respect. » (in Entretien avec DRZ, rappeur)

 

De la critique rappologique sur les relations existant de nos jours entre pratiquants de rap créole et agents politiques et économiques du système qu’ils dénoncent généralement, l’analyse des récits recueillis a permis de déceler et soulever une problématique sociale de taille relevant de la dimension éthique du monde social haïtien du rap, ce microcosme aux idéaux politiques révolutionnaires qu’il prétend toujours charrier.

Le « rap créole » dans sa logique de résistance sociale s’est-il laissé ébranler par les forces sociales d’argent en Haïti? Ou peut-on se demander, si dans la logique marchande du temps, le rap créole a t-il juste vendu son âme au commercial ? Ou du moins, le rap créole a t-il évolué et s’est transformé avec le temps pour mieux résister au système capitaliste marchand dans ce que James Scott appelle une « infrapolitique[15] »?

 

 

« Des hommes luttent et perdent la partie, mais la chose pour laquelle ils ont lutté survient malgré leur défaite, et elle se révèle être autre chose que ce qu’ils pensaient, et d’autres hommes ont alors à combattre pour ce à quoi ils pensaient »   

William Morris

 

 

Par : Jameson Primé

 

Notes 

[1] - W. T. Lhamon Jr., Peaux blanches, masques noirs, France, Éditions Kargo et L’Éclat, 2008, p. 23
[2] -A. Honneth, La société du mépris, Vers une nouvelle Théorie critique, Paris, La Découverte, 2006, p.225
[3] - Voir Alain Gilles, « La raison rentière » (2012), Rencontre. Revue haïtienne de société et de culture, no 24-25
[4] -“Une bourgeoisie locale qui n’est ni haïtienne, ni nationale, ni nationaliste. Elle est formée d’éléments composites et disparates. Des groups ethniques d’origines différentes qui n’ont pas de caractéristiques communes. Ils n’ont pas les mêmes aspirations, ne poursuivre pas les mêmes objectifs. Donc, ils ne sauraient constituer une classe sociale. Pourtant, ils sont les seuls exportateurs de denrées nationaux: café, cacao, coton, pite, mangues, campêche, etc.. ce sont de grands propriétaires fonciers. Ils maitrisent le bord de mer aussi que toutes les avenues de l’économie nationale. Le manque d’homogénéité de cette bourgeoisie est un handicap majeur à un plan d’avancement commun pour le pays.
Le groupe des mulâtres est en conflit perpétuel avec les libanais qui de leur côté concurrencent les immigrants d’origine européenne. Le sectarisme qui affecte la bourgeoisie haïtienne lui enlève tout pouvoir sur les autres groupes sociaux. Elle ne peut pas se constituer une élite économique c’est-à-dire un modèle à suivre parce que la plupart de ses transactions consistent en contrebandes et rapines de toutes sortes. Sa comptabilité est généralement opaque et laisse transparaitre clairement ses fourberies. Nos homes d’affaires refusent de payer les taxes. “ in Haïti, quelles élites! Jean Eric René, www.potomitan.info ou  www.Google.com
[5] -Liste des hommes d’affaires et contribuables frappés d’interdictions de départ, Haïti-refondation-org,6 septembre 2012, www.Google.com
[6] - Le sigle SAL veut dire : Secteur des Artistes Libres.
[7] -Voir MRJ, « An Ayiti » sur www.Youtube.com
[8] - Emile Durkheim, Philosophie et pragmatisme,  COURS INÉDIT prononcé à la Sorbonne en 1913-1914 et restitué par Armand CUVILLIER d'après des notes d'étudiants,  p. 12 (Texte en ligne)
[9] - Axel Honneth, La lute pour la reconnaissance, éditions du Cerf, Juillet 2008, p. 157
[10] - William James, Le pragmatism: un nouveau nom pour d’anciennes manières de penser (trauction de Nathalie Ferron), Flammarion, Paris, 2007  (Pragmatism, a new name for some old ways of thinking. Popular Lectures on Philosophy.)
[11] -Izolan est  un rappeur haïtien très populaire depuis au moins trois années en Haïti. aujourd’hui, ce rappeur haïtien est considéré par plus d’un comme la plus grande figure représentative du rap créole.
[12] -W. T. Lhamon Jr., Peaux blanches, masques noirs, Kargo, 2008, p. 20
[13] William James, la signification de la vérité. Une suite au pragmatisme, Editions Antipodes, Suisse, 1998 
[14] -Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Gallimard, Paris, 2004
[15]- SCOTT, James C., La domination et les arts de la résistance, Paris, Éditions Amsterdam, Janvier 2009
- SCOTT James C., Infra-politique des subalternes, Vacarme 36/ Chantier savoir et pratiques des gouvernés, été 2006

 

Quelques références de lecture:

  • BAUDRILLARD, Jean, De la séduction, Paris, Galilée, 1998
  • BECKER, Howard, Outsiders, étude de sociologie de la déviance, Paris, Éditions Métaillé, 1985
  • BECKER, Howard-S., Les mondes de l’art, Paris, Flammarion, 2010
  • BENASAYAGE, Miguel (et Diego Sztulwark), Du Contre-pouvoir : Benasayag, Miguel, Du contre-pouvoir : de la subjectivité contestataire à la construction de contre-pouvoirs, trad fr. par Anne Weinfeld, Ed. La Découverte, 2002
  • BÉTHUNE, Christian, Y’a-t-il une politique du rap ?
  • BODY-GENDROT, S., Ville et violences, l’irruption de nouveaux acteurs, Paris, éd. PUF, 1993
  • BORDES, Véronique, “Être rappeur et devenir acteur de la société, ou comment prendre place en s’inscrivant dans une pratique juvenile”. Texte présenté dans le cadre du colloque "Adolescence entre défiance et confiance", centre des archives du monde du travail de Roubaix les 5, 6 et 7 avril 2006.
  • BOURDIEU, Pierre,  Le sens pratique, Editions de Minuit, (« Le sens commun »), Paris, 1980
  • CAMUS, Albert, L’homme révolté, Paris, Gallimard, Coll. Folio essais, 1951
  • CASIMIR, Jean, La culture opprimée, Port-au-Prince (Haïti) Media-Texte, 2001
  • CHAZEL, François, Action collective et mouvements sociaux, PUF, Nov 1993 
  • CLAIR Jean, La responsabilité de l'artiste : les avant-gardes entre terreur et raison,  Paris : Gallimard, 1997 
  • CHERKI, E., MEHL, D. (dir.), Contre-pouvoirs dans la ville, enjeux politiques et luttes urbaines, Paris, éd. Autrement, 1993
  • COULANGEON, Philippe, Sociologie des pratiques culturelles, Éditions La Découverte, Paris, 2005
  • CROZIER Michel, FRIEDBERG Erhard, L’acteur et le système, Seuil, Paris, 1977
  • DALIMA, Pierre, "La socialisation politique des lycéens d'Haïti'', L’Harmattan, 2009
  • DEBORD, Guy, La société du spectacle, Éd. G. Lébovici, 1989
  • DEWEY, Jhon, l’art comme expérience, Paris, Gallimard, coll.  "Folio Essais"
  • DONZELOT, Jacques, L’invention du social. Essai sur le déclin des passions, Editions du Seuil, Paris, 1994 (Prémière édition, Librairie Arthème Fayard, 1984)
  • DUBET, F., WIEVIORKA, M., (dir.), Penser le sujet, autour d’Alain Touraine (Colloque de Cerisy), Paris, éd. Fayard, 1995.
  • DUBET, François, La galère : jeunes en survie, Paris, éd. Fayard, 1987
  • DUBET, François, Sociologie de l’expérience, Paris, éd. Du Seuil, 1994
  • FANON Frantz, Les damnés de la terre, Paris, éd. Grasset, 1986.
  • FREIRE, Paolo, Pédagogie des opprimés. Conscientisation et révolution, Paris, F. Maspero, 1983
  • GALLIARI A., L’Habitant du labyrinthe, entretiens avec Claude Ballif. Pro Musica 1992
  • GIRAUD, Frédérique, Qu’est-ce qu’un movement social? Socio-voce, 3 décembre 2008
  • HAMMOU, Karim, Des raps en français au « rap français ».Une analyse structurale de l’émergence d’un monde social, Histoire et Mesure, 2009
  • HOGGART Richard, (1957), La culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre (trad. franç. De Françoise et Jean-Claude Garcias et de Jean-Claude Passeron), Minuit, Paris, 1970 (1re éd. En anglais 1957)
  • HONNETH, Axel, La société du mépris, Vers une nouvelle Théorie critique, Paris, La Découverte, 2006
  • HONNETH, Axel, La lutte pour la reconnaissance, éditions du Cerf, Juillet 2008
  • JOUVENET, Morgan, Rap, techno, électro … : le musicien en travail artistique et critique sociale, Éditions La Maison des sciences de l’homme, Paris, 2006 (Thèse, Sociologie, Paris, EHESS, 2003, Édition commerciale remaniée)
  • KOKOREFF Michel, La force des quartiers. De la délinquance à l’engagement politique, Payot, Paris, 2003
  • LAFARGUE, Jérôme, La protestation collective, Paris, Editeur Armant Collin, 2005
  • LAGROYE, Jacques, La politisation, Paris, Editions Belin, 2003
  • LAPASSADE, Georges, ROUSSELOT Philippe, Le rap ou la fureur de dire, Paris, éd. Lori Talmart, 1990
  • LHAMON Jr. W. T., Peaux blanches, masques noirs, Éditions Kargo et L’éclat, 2008
  • LOCATELLI, Aude et MONTANDON, Frédérique, Réflexions sur la socialité de la musique, L’Harmattan, Collections Logiques sociales, septembre 2007
  • MEZOUANE, Rabah., Le rap, complainte des maudits (une génération casée), le Monde diplomatique, décembre 1990
  • MOSCOVICI Serge, Psychologie des minorités actives, Paris, éd. PUF, 1979.
  • NEVEU Érik, Sociologie des mouvements sociaux, Paris, Editions La Découverte, Colection Repères, 2005
  • PALMIERI Christine, « Jacques Rancière : Le partage du sensible », Revue : ETC, Numéro 59, septembre-octobre-novembre 2002, p. 34-40, URI :http//id.erudit.org/iderudit/9703ac
  • PECQUEUX, Anthony, Voix du Rap, Essai de sociologie de l’action musicale, L’Harmattan, Paris, 2008
  • PERIRA Irène, Conflictualité sociale et rapports sociaux (Perspective pagmatiste), Institut de Recherche, d’Étude et de formation sur le syndicalisme et les movement sociaux (IRESMO), 2011
  • RANCIÈRE Jacques, La mésentente : politique et philosophie, Paris, Collection : La philosophie en effet, Editions Galilée, 1995 (rééd. Paris : Galilée, 2007)
  • RANCIÈRE, Jacques, Le partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, Éditions La Fabrique, 2000
  •  RENAULT, Emmanuel, Souffrances sociales. Philosophie, psychologie et politique, Paris, La découverte, 2008
  •  {C}{C}ROUMAIN Jacques, Analyse Schématique (suivi de « Griefs de l’homme noir), Editions Presses Nationales d’Haïti, Collection Pensée critique, Juillet 2007
  • SCOTT, James C., La domination et les arts de la résistance, Paris, Éditions Amsterdam, Janvier 2009
  • SHUSTERMAN, Richard, 1992, L’art à l’état vif. La pensée pragmatique et l’esthétique populaire, Paris, Ed. Minuit (« Le sens commun »).
  • SIMMEL Simmel, Le conflit, Paris, Ciré, 1992
  • SIMMEL Georges, 1999, Etude des différentes formes de la socialisation, Paris, PUF.
  • SOUCHARD, M., WAHNICH, S., Rap, marginalité et discours politique, L’Aquarium no12-13, 1993
  • SPIVAK, Gayatri, les subalternes peuvent-illes parler ?, Paris,  éditions Amsterdam, Mai 2009, (Traduit de l’anglais par Jérôme Vidal)
  • TOURAINE A., Sociologie de l’action, Paris, éd. Du Seuil, 1973. 
  •  TOURAINE A., Mouvements sociaux d’aujourd’hui, acteurs et analystes, Paris, éd. Ouvrières, 1982.
  • TOURAINE, Alain, La production de la société, Paris, Seuil, 1973.
  • TOURAINE A., Le retour de l’acteur, Paris, éd. Fayard, 1984
  • WEBER, Max, Sociologie de la musique. Les fondements rationnels et sociaux de la musique, Paris, Métailié, 1998.

 

 

 

Texte tiré

de 

 

"VOIX ET VOIES DU RAP DANS LA SOCIETE HAITIENNE"

Significations, perspectives et enjeux sociopolitiques 

 

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Le rap créole: pragmatisme et défaut d’éthique politique (révolutionnaire)
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SERGEY YAKUBOVA 28/09/2017 14:05

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Bonjour Marvin

Comment allez-vous? Pour l'emprunter l'illustration, y'a pas de soucis mon Frère. Ça me fait plaisir de visiter votre blog et de faire une petite lecture. je pense le visiter autant que possible.

Cordialement,

Primé

Marvin 04/09/2014 00:44

Bonjour Jameson,

Je me suis permis d'emprunter l'illustration de fin de cet article afin d'illustrer un extrait de roman publié sur mon blog. J'espère que cela ne vous pose pas de problème.
Elle sera visible demain dans la journée à l'adresse suivante : laroutinedunmarvin.wordpress.com
N'hésitez surtout pas à me demander de l'enlever si besoin.

Cordialement,

Marvin